SÉRIE PORTRAIT : ANTONINE

SÉRIE PORTRAIT : ANTONINE

Nous avons eu l’occasion de faire une interview avec Antonine qui pratique le longboard depuis un moment maintenant. Dans ce portrait elle nous parle de sa passion, de son histoire. On espère que vous apprécierez cette interview super intéressante et enrichissante.  :)


Depuis quand fais tu du longboard ?

« J'ai commencé il y a environ 5 ans mais je m'y suis vraiment mise à fond il y a 3 ans après m'être cassée la cheville en mars 2018. Ce fut assez traumatisant car c'était ma première grosse blessure et cela tombait quelques semaines avant les championnats du monde pour lesquels je m'étais beaucoup entrainée.La convalescence a duré presque 5 mois à cause d'une mauvaise consolidation et de mauvais conseils du chirurgien qui m'a retiré le plâtre. 

 Après tous ces mois sans skater, j'ai voulu rattraper mon retard et je me suis mise à vraiment beaucoup pratiquer, plusieurs sessions par semaine et à force d'acharnement, j'ai beaucoup progressé. C'est devenu une véritable passion, je ne me lasse pas d'en faire. Ce que j'aime dans ce sport, c'est le fait d'être en permanence en mouvement, la vitesse, et aussi la liberté de style, de mouvement, de créativité que l'on a. Le longboard dancing/freestyle est une discipline récente en évolution permanente. Chaque jour, nous voyons des nouveaux tricks, des nouveaux pas de danses, des nouveaux styles, c'est juste incroyable tout ce que l'on peut créer avec et sur cette planche. »

Ça t'est venu comment ?

« J'ai toujours aimé les sports de glisse et ce qui s'en dégageait. Avant de découvrir le longboard, j'ai touché un peu au skate et au cruiser, mais comme hobbies. Le déclic est venu un été à Lacanau où j'ai vu un rider ( connu dans le milieu mais je ne le savais pas à cette époque-là)  pieds nus sur un stand-up paddle (longue planche de longboard en forme de surf et très desserrée) , faire du dancing dans une pente légère et c'était magnifique. Cela paraît très cliché dit comme cela mais c'est véritablement ce qui s'est passé (lol).

Une fois de retour à Paris, je me suis achetée une planche puis j'ai découvert et rejoint la Docksession qui est un regroupement de longboarders pratiquant sur les quais du Musée d'Orsay. La Docksession est maintenant devenue une association, présente sur tous les continents et comptant des milliers de riders.

Puis, de fil en aiguille, j'ai appris à mieux connaître ce sport, le matériel adéquat, j'ai rencontré beaucoup de personnes, ce qui m'a permis de progresser beaucoup plus vite. C'est toujours plus simple d'apprendre avec quelqu'un qui te montre en direct qu'en essayant de déchiffrer seule les mouvements dans une vidéo. Et finalement, ce sont souvent de petits détails qui font toute la différence, le placement du pied ou la position des épaules par exemple.

Une autre chose qui m'a beaucoup plu avec la Docksession, c'est l'ouverture d'esprit et la bienveillance de la communauté.Elle n'est pas restreinte et codée comme dans certains sports de glisse. Il y a une grande mixité, presque autant de femmes que d'hommes, il n'y a pas de critères particuliers à respecter, chacun est libre de son style, de sa manière de s'exprimer, de se vêtir et on s'y sent bien. »


Est ce que tu en vis ? 

« Non, je n'en vis pas et je n'en ai pas envie pour le moment. Il n'y a pas encore assez d'argent dans l'industrie à part chez certaines grosses marques. Pour en "vivre", il faut avoir d'autres cordes à son arc, par exemple bien s'y connaitre en vidéo et en montage ce qui va vous permettre de faire de belles vidéos que vous ferez payer aux marques/sponsors et qui seront diffusées sur Instagram ou sur Youtube.

Mais je pense qu'il est impossible de vivre uniquement des revenus des sponsors, il faut d'autres compléments d'argent qui viendront par exemple des marques qui vous contacteront. Les marques de vêtement, cosmétique, luxe, d'aliments ainsi que les chanteurs/groupes de musique s'intéressent de plus en plus à cette discipline pour leurs publicités et leurs clips car il y a quelque chose de très esthétique et beau visuellement dans ce sport, qui plaît au grand public. C'est donc un bon moyen de se faire un revenu tout en faisant connaître la discipline.

Un élément qui me dérangerait dans le fait de vivre du longboard, c'est d'être dépendante d'Instagram et de devenir en quelque sorte un produit marketing.

Tout se passe de nos jours sur Instagram, pour avoir de la visibilité et pour attirer les marques, il faut avoir un compte qu'il faut alimenter régulièrement, faire des storys, vendre les produits avec des photos, des vidéos etc. Je ne pourrais pas avoir de partenariat avec des marques pour lesquelles je dois souvent poster qui m'imposent une  pression, je perdrais alors le goût du longboard et je ne prendrais plus aucun plaisir à rouler.

Je préfère garder mon intégrité en postant peu mais du qualitatif ( et si j'ai la possibilité, pour des marques que j'apprécie vraiment) plutôt que de poster très régulièrement des publications sans intérêt dont je ne suis pas satisfaite pour des marques qui ne me plaisent pas forcément.

Toutefois, je me doute que lorsque l'on veut vivre du longboard, ce n'est pas facile et que l'on doit bien sûr faire des concessions.

En conclusion, ce mode de vie est beaucoup trop instable et aléatoire pour moi. De plus, si tu te blesses, et c'est souvent mon cas, tu ne peux plus skater, donc plus de vidéos et plus de revenus. »


Tu fais autre chose dans la vie ?

« Je suis responsable d'un habitat partagé pour personnes âgées depuis bientôt 4 ans, les Babadines de Clamart. Il s'agit d'une petite structure à taille humaine, non médicalisée, avec seulement une vingtaine de locataires, avec des niveaux de dépendance variés. Avec l'équipe, nous insistons sur le suivi personnalisé des locataires, leur bien-être, le tout dans une démarche de bienveillance. Je m'estime chanceuse car je suis très heureuse et épanouie dans mon travail, chose qui à mon avis est de plus en plus rare de nos jours. »

Peux-tu nous raconter ton parcours, ton histoire ? 

« Mon parcours est un peu atypique car mon diplôme n'est pas en rapport avec mon métier. J'ai obtenu un Master en culture et communication avec un stage professionnel en marketing. A côté de mes études, j'ai travaillé à mi-temps pendant plusieurs années comme demoiselle de compagnie auprès de personnes atteintes par la maladie d'Alzheimer.  J'ai beaucoup appris pendant ces années sur l'accompagnement des personnes âgées atteintes de démences, notamment grâce à Colette Roumanoff, épouse de Daniel Roumanoff, atteint par Alzheimer, dont je me suis occupée pendant plusieurs années. Colette a écrit plusieurs livres et une très belle pièce de théâtre sur la maladie d'Alzheimer, afin d'aider les aidants qui se sentent dépassés et qui ne savent pas comment aborder cette maladie et se comporter avec la personne atteinte.

Pour en revenir à mon parcours, après avoir été diplômée, j'ai commencé à chercher dans mon domaine qui était la communication et le marketing, mais au fil des entretiens que je faisais, j'étais de plus en plus écœurée par ce milieu où le côté humain n'est pas privilégié. J'ai cherché alors du côté des métiers en rapport avec les personnes âgées et j'ai été Aide-Médico-psychologique à domicile pendant plusieurs mois. Puis, une très belle opportunité s'est présentée : les Babadines allaient ouvrir au mois de juin 2017 et le groupe était à la recherche d'une personne pour régir les lieux, mon profil a beaucoup plu et me voici depuis 4 ans responsable de la structure.

Je pense avoir trouvé un bel équilibre entre mon métier et le longboard et j'espère que cela perdurera. 

Le longboard m'ouvre de nouvelles portes et j'en suis ravie. En effet, cela m'a permis de voyager, en Angleterre pour tourner un clip pour un groupe de musique puis l'année dernière au Portugal pour être professeure de longboard.  J'ai eu quelques partenariats avec des marques et fait des performances artistiques pour des structures. Ce sont des expériences très enrichissantes car j'y ai appris de nouvelles compétences, fait de belles rencontres et élargi ma "zone de confort" en quelque sorte. »


Merci à toi Antonine pour ce joli portrait, nous avons été contents de partager cela avec toi.

« Merci à vous, votre initiative est cool et j’ai été contente de faire cette interview. »

Vous pouvez retrouver et suivre toute l'actualité d'Antonine sur son Instagram : @Antonine_ch ! 




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